Il pleure dans mon cœur

Dans la continuité de ma série de poèmes illustrés, j’ai dessiné une jeune femme mélancolique que m’évoque le poème « Il pleure dans mon cœur ».

Dessin d'une jeune femme mélancolique pour illustrer le poème Il pleure dans mon cœur de Verlaine

Dessin inspiré d’une photo de Brent

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine!

Paul Verlaine

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Qu’est-ce que la Poésie selon Alfred de Musset

Impromptu
(En réponse à la question : Qu’est-ce que la Poésie ? )

Chasser tout souvenir et fixer sa pensée,
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant,
Peut-être éterniser le rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écouter dans son cœur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.


Alfred de Musset

dessin du poète qui transforme ses larmes en perles

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Square mélancolique

J’ai dessiné une vue d’un square de Nice que je trouve belle et triste avec au premier plan un vieil arbre noueux aux branches enchevêtrées et derrière lui la statue d’une femme recroquevillée sur elle-même.

Le côté mélancolique de la scène m’a fait penser aux spleens du poète Charles Baudelaire. En reparcourant Les Fleurs du mal, j’ai trouvé quelques lignes du poème Le Masque qui décrivent ce que mon dessin essaie d’exprimer :

dessin d'un square mélancolique à Nice

Pauvre grande beauté! Le magnifique fleuve
De tes pleurs aboutit dans mon cœur soucieux;
Ton mensonge m’enivre, et mon âme s’abreuve
Aux flots que la douleur fait jaillir de tes yeux!

– Mais pourquoi pleure-t-elle? Elle, beauté parfaite
Qui mettrait à ses pieds le genre humain vaincu,
Quel mal mystérieux ronge son flanc d’athlète?

– Elle pleure, insensé, parce qu’elle a vécu!
Et parce qu’elle vit! Mais ce qu’elle déplore
Surtout, ce qui la fait frémir jusqu’aux genoux,
C’est que demain, hélas! Il faudra vivre encore!
Demain, après-demain et toujours! – comme nous!

Charles Baudelaire, extrait du poème Le Masque

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A une passante


Cette semaine le thème du site Illustration Friday est mystérieux(se). J’ai cherché ce que ça m’évoquait et bientôt le poème « A une passante » de Baudelaire s’est mis à résonner dans mes oreilles. J’ai dessiné ma vision de ce poème. Dans une rue de Paris, le poète croise le regard envoutant d’une inconnue et a le coup de foudre.


passante mystérieuse



A une passante


La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;


Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?


Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !


Charles Baudelaire


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