Génération précaire

La crise financière, ça me fait bien rigoler. Je suis née avec la crise et le chômage de masse. La crise je vis avec depuis toujours. Alors je ne vois pas pourquoi la crise financière actuelle devrait plus m’impressionner que les précédentes. De toute façon, les gens de ma génération n’ont pas grand chose à perdre puisqu’on ne leur a pas laissé gagner grand chose.


Ma génération suit la génération sida. En France on parle parfois de génération club Dorothée, d’après le nom d’une émission de jeunesse qui diffusait des dessins animés japonais quand j’étais enfant. En sociologie on parle de génération Y. Mais selon moi ce qui nous caractérise le mieux est l’expression « génération précaire ».


J’observe les gens de mon âge et pour beaucoup l’entrée dans la vie professionnelle a été et reste une galère. Après on a tous des situations différentes mais la précarité est notre point commun.

Esteban et Zia, deux personnages des cités d'or

Les mystérieuses cités d’or, dessin animé culte de la génération club Do. Esteban et ses amis connaissent bien l’insécurité de la vie puisqu’ils passent leur temps à fuire les méchants qui veulent les attraper.

 


Voici quelques situations de vie observées par moi chez des 25-35 ans français :


* Le contrat à durée indéterminée (CDI)
Ca existe quand même des gens qui ont un emploi stable. En général on les envie. Mais quand on y regarde de plus près le CDI ne suffit pas à faire le bonheur. Combien de gens ont un boulot qui ne leur plait pas et qu’ils n’osent pas quitter de peur du chômage? Mais les CDI n’ont pas le droit de se plaindre : ils ont ce dont rêvent leurs amis plus précaires.


* Le contrat temporaire
Le contrat temporaire est en train de devenir la norme. Même si on travaille en continu, ce type de contrat c’est un point d’interrogation sur le futur. C’est difficile de faire des projets à long terme comme faire un enfant ou acheter une maison quand on ne sait pas si on aura encore un travail dans un mois.


* Le boulot sous-qualifié
Faute de trouver un travail dans son domaine, on peut prendre un petit boulot temporairement. Et le temporaire devient progressivement du permanent. L’exemple le plus connu sur Internet est celui d’Anna du blog les tribulations d’une caissière. Une titulaire d’un DEA de littérature française qui travaillait comme caissière. Elle est loin d’être la seule mais les personnes qui font un boulot sous-qualifié restent en général discrètes sur leurs études. Parce que c’est usant d’entendre toujours les mêmes réflexions d’incompréhension du type « Quoi! Tu as un bac+5 et tu fais ce boulot?!?! ».


* Les stages
C’est la conseillère d’orientation de l’université qui m’avait donné cette idée : faire une inscription bidon à l’université dans n’importe quelle filière et faire des stages (non rémunérés) en entreprise pour acquérir de l’expérience. Le problème c’est que certaines entreprises abusent des stages. Pour eux c’est une source inépuisable de main d’œuvre docile et pas chère. Je me suis demandée pourquoi l’université cautionnait cette exploitation. Peut-être parce que les inscriptions bidon lui rapportent pas mal d’argent.


* Le travail à son compte
Se mettre à son compte ou créer une entreprise c’est accepter de vivre dans l’incertitude de l’avenir.


* Le chômage
Je connais peu de personnes qui ne sont pas passé par la case chômage, que ce soit sur une courte ou sur une longue durée. Pourtant on continue de traiter les chercheurs d’emploi de feignants et de profiteurs. Est-ce que les gens qui retrouvent du travail deviennent soudain amnésiques sur leurs périodes de chômage?


* Vivoter
Ca veut dire vivre aux crochets de ses parents ou de son conjoint, se débrouiller avec le RMI ou faire des petits boulots au noir. Ca veut dire vivre au jour le jour et ne pas penser à l’avenir, trop angoissant.


* Le parent au foyer
Faire un enfant peut nous éloigner pendant quelques mois voire quelques années d’un boulot décevant ou du statut de chômeur.


* L’exil
Ca c’est la voie que j’ai prise et je ne suis pas la seule. Mais ce n’est pas forcément la plus facile.

un crocodile attaque Esteban, Zia et Tao

* La réorientation
On recommence ses études en choisissant un domaine où il y a du boulot et tant pis si ça ne nous intéresse pas plus que ça. 

* Les concours
Dans le contexte actuel, la fonction publique attire avec le gros bénéfice qu’est la sécurité de l’emploi. Mais il n’y a pas de place pour tout le monde. Et ceux qui échouent doivent repartir à zéro avec le handicap d’avoir perdu quelques années passées à préparer les concours.



J’ai été dans plusieurs de ces situations mais je n’ai jamais testé le CDI. Tout ce gaspillage de talents ça fait mal au cœur. Heureusement, j’ai appris qu’il n’y a pas que le travail dans la vie. On peut exprimer ses talents de multiples façons et notre identité ne se résume pas à ce qu’on fait comme travail.

A force j’ai intégré la flexibilité comme mode de vie : je ne fais pas de projets à long terme, je n’achète pas de meubles mais stocke des affaires dans des cartons (« ça sera plus pratique pour le prochain déménagement ») et quand je planifie ma semaine j’ai toujours un plan B voire un plan C ( par exemple, si le plan A est : je suis acceptée pour un contrat d’intérim qui commence lundi, le plan B peut être : le contrat d’intérim commence mercredi et le plan C : je n’ai pas le contrat ). La précarité a des inconvénients mais quand même un avantage : elle procure une certaine liberté puisque, privés de chaînes, on peut changer de vie du jour au lendemain.

le grand condor

 

Pour en savoir plus :


La précarité dans la recherche
par Pandore du blog Kalai elpides


Les nouvelles générations devant la panne prolongée de l’ascenseur social
(pdf), article de Louis Chauvel

photos tirées du site http://www.lescitesdor.com

Une réflexion au sujet de « Génération précaire »

  1. Commentaires

    Merci pour cet article. Louis Chauvel fait également partie de ma bibliothèque…
    A me modeste niveau, je tiens un blog sur le thème de la génération Y, et je pense que cet article peut vous intéresser :

    http://lagenerationy.com/2008/11/02/la-generation-y-et-le-logement/
    @+
    Commentaire n°1 posté par POUGET Julien ( http://lagenerationy.com/ ) le 30/01/2009 à 11h04

    Bonjour,

    Je trouve ta p’tite synthèse bien ficelée et malheureusement bien réaliste. J’ajouterais que ces situations ne concernent pas que les 25-35 mais aujourdh’ui aussi les 45 et plus et nous avons les enfants en plus !!! Nous aussi nous avions à l’expatriation, mais c’est compliqué avec des enfants ! Je te suis depuis ton arrivée et je vais continuer !!! Bon courage à toi !!
    Commentaire n°2 posté par l’Ardéchoise le 30/01/2009 à 11h10

    C’est clair que la crise financière ne touche que ceux qui ont de l’argent !

    J’ai l’impression que monprécédent message n’a pas marché ! Je te le remets :
    Tag 2009, bilan 2008 !
    Règlement ici :
    http://lirazel.mabulle.com/index.php/2009/01/31/174199-1er-tag-2009
    Commentaire n°3 posté par lirazel ( http://lirazel.mabulle.com/ ) le 02/02/2009 à 10h40

    Merci pour vos messages. En le relisant je trouve mon article un peu déprimant. La prochaine fois j’essaierai de faire un article plus joyeux.
    a+
    ApollineR
    Commentaire n°4 posté par ApollineR le 06/02/2009 à 23h29

    salut je viens de lire attentivement ton blog. Je me retrouve dans l’enseemble de tes remarques sur la génération club dorothé.
    « vivoter » est exactement mon profil. J’ai fait les parents puis mec puis un enant et toujours pas de stabilitér d’un emploi. J’aimerai maintenant partir loin d’ici et j’aimerai bien m’isntaller au Canada. JE regarde des sites depuis un moment. Est-ce que tu aurais des pistes à me fournir et je t’en remercie d’avance
    Commentaire n°5 posté par chopinette le 10/02/2009 à 18h04

    Salut Chopinette
    Les sites http://www.immigrer.com/ et http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/ sont des sources d’information intéressantes.
    a+
    ApollineR
    Réponse de ApollineR le 10/02/2009 à 23h26

    Salut ApollineR,
    Quel article ! Très touchant et vrai, snif
    Commentaire n°6 posté par Miyoucha le 12/03/2009 à 09h48

    Cette situation qui nous attaque de plein fouet depuis vingt-cinq ans a fichu ma vie en l’air.
    Ma télé est en panne depuis quatre mois et au fond je suis soulagée de ne plus subir les infos, ni les manip.
    Ils se foutent du monde. Le monde se foutra d’eux.
    Commentaire n°7 posté par Armide ( http://pistol-boule-bringe.over-blog.com/ ) le 13/03/2009 à 22h43

    merci pour toutes celle belles infos
    Commentaire n°8 posté par fleur le 14/03/2009 à 14h47

    J’ai beaucoup aimé ton article et je m’y retrouve bien. A cela, faire ma généalogie et retrouver l’histoire de mes ancêtres m’a permis de comprendre que la précarité était bien plus grande avant. Je crois que le matérialisme nous a fait croire que nous possédions des choses, nous a donné un sentiment de sécurité.
    Nous sommes tout compte fait aussi vulnérable que les oiseaux du ciel.
    Commentaire n°9 posté par Mamy PICOTE ( http://lapicoterie.canalblog.com/ ) le 26/03/2009 à 06h15

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