Déchiffrer les emballages des cosmétiques

 Savez-vous que l’étiquetage des cosmétiques est réglementé? En fait, l’emballage d’un cosmétique doit répondre à 2 exigences contradictoires :
– la loi impose une information complète et honnête pour renseigner l’acheteur
– la stratégie marketing veut influencer la décision d’achat du consommateur en mettant uniquement en valeur les avantages (réels ou imaginaires) du produit. Cet article va essayer d’éclaircir les indications données par les emballages des produits cosmétiques.


Les mentions obligatoires

Sur les emballages cosmétiques, certaines indications sont obligatoires. Ces indications sont :

– Le nom et l’adresse du fabricant

– l’indication du pays d’origine pour les produits fabriqués dans un état non européen

– Le contenu, indiqué en masse ou en volume, sauf pour les emballages contenant moins de 5 grammes ou moins de 5 millilitres. C’est cette quantité qui permet de comparer les prix, et pas la taille de l’emballage, qui est souvent surdimensionné par rapport à ce qu’il contient.

– Si le produit se conserve moins de 30 mois, le fabricant indique la date limite de conservation. Si le produit se conserve plus de 30 mois, cette date n’est pas obligatoire. Aujourd’hui, elle est donc souvent absente sur les cosmétiques. Mais depuis mars 2005, la durée limite d’utilisation est aussi obligatoire pour les produits qui se conservent plus de 30 mois. Sur l’emballage, un symbole représente un pot de crème ouvert avec la lettre M suivie d’un nombre. Par exemple, M 18 signifie : à utiliser dans les 18 mois qui suivent l’ouverture.

logo représentant un pot de crème

– Les précautions particulières d’emploi. Elles peuvent être utiles pour éviter une réaction allergique quand on se sert d’une teinture pour les cheveux par exemple.

– Le numéro de lot de fabrication permet d’identifier le cosmétique et d’avoir une traçabilité des produits

– La fonction du produit

– La liste complète des ingrédients dans l’ordre décroissant. Les ingrédients qui représentent plus de 1% du produit sont listés dans l’ordre décroissant de leur masse (ceux qui pèsent le plus lourd en premier). Ensuite, les ingrédients qui représentent moins de 1% du produit peuvent être mentionnés dans le désordre. Mais la quantité exacte de chaque ingrédient n’est pas donnée.
En pratique, les 3 ou 4 premiers ingrédients de la liste sont les plus importants. Par contre, un ingrédient situé à la fin de la liste est en faible quantité, ce qui va limiter son action.
Souvent, l’emballage insiste sur un ou plusieurs ingrédients vedettes, censés justifier l’efficacité du produit. Mais ces ingrédients vedettes représentent une part infime du produit, ce que l’on peut vérifier en repérant leur position dans la liste des ingrédients.

– Depuis mars 2005, la mention de 26 substances parfumantes allergènes est obligatoire dans la liste des ingrédients : Amyl cinnamal = 2-benzylidèneheptanal , benzyl alcohol = alcool benzylique , Cinnamyl alcohol = alcool cinnamylique , citral , eugenol , hydroxycitronellal , isoeugenol , Amylcinnamylalcohol , Benzyl salicilate = salicylate de benzyle , Cinnamal = cinnamaldéhyde , Coumarin , geraniol , Hydroxymethylpentylcyclohexenecarboxaldehyde =4-(4-hydroxy-4-méthylpentyl)cyclohex-3-ènecarbaldéhyde , Anisyl alcohol , Benzyl cinnamate = cinnamate de benzyle , farnesol , 2-(4-tert-butylbenzyl) propionaldehyde , linalool = linalol, Benzyl benzoate = benzoate de benzyle , citronellol , hexylcinnamaldéhyde , Limonene , Methyl heptin carbonate , 3-méthyl-4-(2,6,6-tri-méthyl-2-cyclohexène-1-yl)-3-butène-2-one , Oak moss extract = evernia prunastri extraits , Treemoss extract = evernia furfuracea extraits
Certaines de ces substances sont synthétiques, d’autres sont contenues dans des huiles essentielles qui sont des ingrédients naturels.

La nomenclature INCI

loupe Les noms des ingrédients mentionnés sur les emballages ne sont pas écrits en français. Les ingrédients sont codés dans un langage appelé INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingrédients). Cette Nomenclature Internationale des Ingrédients Cosmétiques a été conçue en 1973 et son utilisation en Europe est obligatoire depuis 1998. L’indication de tous les ingrédients avait pour but au départ de repérer les produits allergisants. L’intérêt est que les noms des ingrédients sont les mêmes dans un grand nombre de pays, notamment en Amérique du Nord et en Europe.

La nomenclature INCI a quand même ses limites : On ne connaît pas la quantité exacte des ingrédients, ni leur origine (pas moyen de savoir si la lécithine de soja est génétiquement modifiée ou pas) et leur mode de fabrication (par exemple, les acides de fruits ne sont en général pas obtenus en pressant des citron mais par un procédé biotechnologique à partir de sucre de canne). Le fabricant peut même demander à ne pas indiquer un ingrédient s’il a peur d’être copié par ses concurrents.
Mais le plus gros inconvénient de ce langage, c’est qu’il est incompréhensible pour les consommateurs.

Pour commencer à mieux comprendre la nomenclature INCI, je vais commencer par donner quelques règles générales :

– Un nom en latin correspond à un ingrédient extrait d’une plante. C’est le nom latin de la plante qui est indiqué. Par exemple Prunus Dulcis, qui est le nom botanique de l’amandier, est le nom INCI de l’amande douce.

– Les noms scientifiques de molécules et les noms courants sont le plus souvent en anglais. Ainsi, salicylic acid est le nom anglais de la molécule d’acide salicylique (BHA), et wheat protein est la traduction anglaise de la protéine de blé.

– Les colorants sont codifiés par un « Colour Index » ou C.I. (CI + nombre à 5 chiffres). Par exemple, C.I. 75810 est le code de la chlorophylle qui est employée comme colorant vert. Les colorants peuvent être mentionnés dans le désordre en dernier dans la liste des ingrédients.

– En ce qui concerne les ingrédients odorants, ils ne sont pas détaillés. On lit simplement « parfum » dans la liste des ingrédients. Ce sont quasiment toujours des parfums de synthèse. Lorsque les parfums sont extraits de plantes, le fabricant précise en général que le parfum est à base d’huiles essentielle.

Voici enfin quelques liens qui donnent des traductions des ingrédients INCI

http://www.beaute-test.com/composant.php

http://www.mercona.com/pdf/INCI.pdf
Si vous ne lisez pas le pdf, essayez ce lien.
C’est le site en anglais d’un fabricant de cosmétiques. Le dictionnaire INCI le plus complet sur internet.

http://www.cosmeticscop.com/learn/dictionary.asp?TYPE=MAIN
Site en anglais. Paula Begoun n’est pas naturelle mais cette spécialiste des cosmétiques donne son avis franc et critique sur les ingrédients des cosmétiques sur ce site.

A voir aussi :

– les moteurs de recherche peuvent aider à décoder des ingrédients inconnus.


– Le livre la vérité sur les cosmétiques de Rita Stiens est souvent recommandé pour son lexique INCI.

Les indications ajoutées par les fabricants

Les fabricants choisissent avec soin le design, les couleurs et chaque mot que l’on pourra lire sur l’emballage. La présentation du produit cosmétique doit être attractive pour le client. A l’avant du produit, on peut lire quelques mots clés qui reflètent ses principales caractéristiques et à l’arrière, la description de ses qualités est plus détaillée et cherche à être convaincante.

Les produits cosmétiques n’ont pas besoin comme les médicaments d’obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché. Ils n’ont pas à prouver leur efficacité avant d’être mis en vente et les fabricants peuvent écrire tout ce qu’ils veulent sur les emballages. Leur seule limite est liée à l’interdiction de la publicité mensongère, c’est à dire des indications fausses ou de nature à induire en erreur. Pour contester les affirmations d’un fabricant de cosmétiques, il faut porter plainte pour publicité trompeuse et prouver que le fabricant a menti ou induit en erreur le client. Les plaintes sont rares, d’autant plus que les fabricants essaient de jouer sur les mots dans les publicités de façon à éviter les plaintes.

Spirale d'allégations en tous genres


Que ce soit pour les arguments santé (« hypoallergénique », « doux », « testé dermatologiquement »…), les arguments nature (« naturel », « bio », « aux extraits végétaux », « antipollution »…) ou les arguments éthiques (« produit non testé sur les animaux »), on ne peut pas croire ce que disent les fabricants puisque leurs arguments ne sont pas contrôlés. Pour choisir une marque de cosmétiques non testés, il vaut mieux se fier à la liste blanche de l’association One Voice (http://www.experimentation-animale.org/ressources/produits_non_testes.html). Et pour reconnaître un cosmétique naturel, il faut lire la liste des ingrédients (la liste INCI et non pas la liste en français qui donne seulement la traduction de quelques ingrédients) : un produit qui contient du diméthicone, du PEG, du paraffinum liquidum ou du paraben n’est pas naturel.

C’est dans la description des effets des cosmétiques que l’on est le plus proche de la publicité mensongère. Les fabricants font donc attention aux mots qu’ils emploient.
Si on regarde par exemple les produits antirides, l’effet annoncé est d’atténuer, de réduire, de décrisper ou de lisser les rides. Aucune crème n’a l’imprudence de dire qu’elle supprime les rides. J’en déduis donc que l’efficacité antirides est très limitée.

Pour éviter la contradiction, les promesses des fabricants sont volontairement floues, avec des termes comme régénère, répare, rééquilibre, purifie, sublime… Il est impossible de vérifier si un mascara est ou n’est pas « sublimateur ». L’effet, forcément subjectif, n’est pas mesurable.

On en arrive parfois à des affirmations qui ne veulent rien dire : des ingrédients fantaisistes comme l’ADN végétal (qui ne peut en aucun cas interagir avec les cellules de la peau), des effets surréalistes comme ce gel nettoyant oxygénant qui laisse la peau « aérée » ou des arguments pseudo-scientifiques : une crème minceur explique que la caféine favorise le déstockage et la destruction des graisses, mais en oubliant de préciser qu’elle doit d’abord traverser les couches externes de la peau pour atteindre les cellules graisseuses (et la traversée n’est pas facile!). Ensuite, la caféine libère les acide gras contenus dans les cellules graisseuses, ces acide gras rejoignent le sang mais pour vraiment les brûler, il faut les utiliser… en faisant de l’exercice! Sinon, ils seront de nouveau stockés par l’organisme.

Quand les fabricants écrivent des énormités, peut-être qu’ils comptent sur notre sens critique pour séparer le vrai du faux? En effet, pour qu’il y ait publicité mensongère, il faut que la publicité induise en erreur un « consommateur moyen, normalement intelligent et attentif ». En d’autres termes, on considère que le client est conscient que les promesses publicitaires ne sont que des belles paroles. Donc un mensonge que l’on peut détecter n’est pas condamnable!

Finalement, les indications ajoutées par le fabricant sont une vitrine publicitaire qui n’apporte pas d’informations sur le produit acheté.

Il est important de savoir décrypter les emballages, aussi bien pour les cosmétiques que pour les produits alimentaires ou nettoyants. Le but est de savoir ce que valent vraiment les produits et de les juger sur leur efficacité. En s’informant sur les ingrédients et les arguments de vente des fabricants, on évite d’être manipulé par le marketing des marques et on peut consommer intelligent.

Textes de loi :

Définition d’un cosmétique : Art. L. 658-1 du Code de la Santé Publique (On entend par produit cosmétique toute substance ou préparation destinée à être mise en contact avec les diverses parties superficielles du corps humain, notamment l’épiderme, les systèmes pileux et capillaire, les ongles, les lèvres et les organes génitaux externes, ou avec les dents et les muqueuses buccales, en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles)

Etiquetage : Décret no 2000-569 du 23 juin 2000 relatif aux produits cosmétiques et modifiant le code de la santé publique
Directive n° 2003/80/CE du 5 septembre 2003

Publicité mensongère : articles L. 121-1 et suivants du Code de la Consommation

2 réflexions au sujet de « Déchiffrer les emballages des cosmétiques »

  1. Commentaire (récupéré sur mon ancien blog) :

    bô moi jusqu’à il y a 3 (4?) mois je n’utilisais que des produits de pharmacie spécialment fabriqués pour « mon cas » et depuis qu’on sait ce que j’ai, je sais ce que je peux prendre comme produits « normaux », mais vais au bio coop (ça n’a rien à voir, c’est juste que les dates se sont chevauchées, c’est comme ça). Résultat : je n’étais pas touchée par les ruses des sosiétés de cosmtéto… et je ne le serai pas !
    Commentaire n°1 posté par amandina le 29/11/2005 à 14h52

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